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octobre 31, 2009

Planète à gogos


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Frederik Pohl / C.M. Kornbluth
2008 Folio SF
1953 The Space Merchants / Gravy Planet

alt Planète à gogosalt Planète à gogos Il y a bien longtemps que la Terre n'est plus gouvernée par les politiciens, mais par les publicitaires. À coups d'annonces directes sur la rétine ou de pin-up en trois dimensions qui vous susurrent des slogans à l'oreille. Et qu'importe si notre planète est polluée jusqu'à l'os ! La nature nous aurait-elle donné l'intelligence de synthétiser l'acide ascétique si elle tenait à nous voir manger des fruits frais ?

Seul problème : l'espace. Où loger les consommateurs nécessaires ? Sur Vénus ! Il suffit de les persuader que l'existence y est délicieuse. Ce à quoi s'emploie M. Courtenay. Jusqu'au jour où une agence rivale tente de l'éliminer en toute illégalité — c'est-à-dire sans notification de meurtre préalable — et ébranle du même coup ses certitudes...

Un must de la science-fiction. Après l'avoir lu, vous ne regarderez plus votre télé du même oeil.

Fowler Schocken & Associés, la plus grande agence de publicité de la ville vient de remporter le contrat pour le lancement d'une fusée sur Vénus. Les enjeux sont colossaux, il s'agit de la commercialisation d'une planète entière. Michel Courtenay à qui incombera d'exécuter ce contrat s'acoquine avec Jack O'Shea le premier voyageur vénusien. Les difficultés vont s'avérer à la hauteur de l'importance du projet, Courtenay saura-t-il faire face à la pression de la concurrence qui souhaite récupérer le gâteau ?

Je me suis réjoui en achetant cet ouvrage, non pas de gagner un voyage sur vénus comme le propose la couverture, mais d'y trouver ce que je recherche en lisant de la science-fiction, une vision corrosive de notre société. C'est assez impressionnant, n'oublions pas que la première parution en feuilleton à eu lieu en 1952 dans les pages de la revue Galaxy, de voir à quel point Pohl et Kornbluth ont anticipé la société de consommation d'aujourd'hui dirigée par le marketing et la pub.

Il y a d'ailleurs dans le roman deux classes, les consommateurs qui ne valent rien et qui s'écharpent pour survivre dans des conditions déplorables et les publicitaires, riches et bourrés de privilèges comme la douche à l'eau non salée.

La fracture sociale telle qu'ils la décrivent en 1952 est exactement celle de notre monde moderne, si vous pensiez que la science-fiction est utile à décrire le progrès scientifique, ici elle assaisonnée à un tout autre propos, nous projeter dans une société qui va dans le mur pour mieux l'éviter.

Malheureusement, cet ouvrage n'a pas pesé suffisamment dans la balance pour nous réorienter vers un monde meilleur. Nous y sommes bien dans le mur, ou devrais-je dire certains s'y sont écrasés pendant qu'une très faible partie de la population les y pousse sans vergogne.

Sur les autres plans, ce roman n'est pas plus intéressant que ça et contrairement à ce que dit la 4e de couverture, je trouve qu'il a pris de sérieuses rides mêmes s'il agit dit-on d'un classique qui reste d'actualité par les thèmes abordés. Et malgré les trois nouveaux chapitres pour la première fois traduits en français dans cette réédition qui fait le grand écart, merchandising quand tu nous tient. Je regrette de ne pas l'avoir trouvé poussiéreux chez un bouquiniste.

alt Planète à gogos

Peut-être qu'en 52, laisser penser qu'une société au renom international pourrait inventer du surcafé à l'alcaloïde totalement addictif pouvait paraitre un peu fou, mais c'est bien la réalité quotidienne de nos produits de consommation courante : clope, grignotage, sodas...

La contre-pouvoir écolo dans son roman est lui aussi visionnaire, seule issue qu'ils entrevoient à l'époque pour sauver une planète en voie d'être totalement exploitée, pillée, mise à sac. J'habite dans une ville que dirigent les verts, mais n'est-ce pas trop tard ? Et à trop petite échelle ? La question que pose Frederik Pohl et C.M. Kornbluth il y a 56 ans ne s'est jamais posée avant autant d'acuité. Espérons qu'elle ne se cantonnera pas aux auteurs de science-fiction, le futur finit toujours par se présenter.

À lire sur le même thème :


Space OPA
2003 L'Atalante
2000 First Contract

octobre 29, 2009

Forteresse


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Georges Panchard
2009 Livre de Poche
2005 Robert Laffont

alt Forteressealt Forteresse Adrian Clayborne est le chef de la sécurité de Haviland Corporation, une des plus importantes compagnies de la planète.

En 2039, Clayborne est informé que l'Union des États bibliques américains a décidé d'assassiner Brian Mannering, le puissant président de Haviland, dans sa forteresse andalouse de Castell One, un des sanctuaires high-tech les mieux protégés du monde.

Il ignore tout des modalités de l'opération, mais il connaît son nom de code : Ghost.

Fantôme.

Lorsqu'il apprend qu'un système offensif indétectable vient d'être dérobé dans un laboratoire suédois, que ce système a été baptisé Fantôme par son concepteur, et qu'un mercenaire allemand qui a déjà travaillé pour l'Union est impliqué dans l'affaire, il fait le rapprochement.

Mais quelle relation cela peut-il avoir avec le suicide, deux ans plus tôt, d'un modeste peintre d'Oklahoma City, spécialisé dans l'imagerie biblique, et obèse comme quatre-vingt-neuf pour cent de ses compatriotes ?

Un thriller haletant dans un avenir dur, noir et brillant.

A lire deux fois.

Suite à la mort de son prédécesseur, Adrian Clayborne devient le chef de la sécurité d'Haviland Corporation et doit protéger coûte que coûte son directeur Brian S. Mannering menacé de mort par l'UABS (l'Union des États bibliques américains). La forteresse de Castell One sera-t-elle à même de lui sauver la vie face au déluge de technologies à même d'intenter à sa vie ?

Du champagne à $41000 la bouteille, des scènes de baise sans limites, des armes offensives indétectables, Georges Panchard ne se refuse rien dans ce roman aux allures de technothriller. Il y fait preuve d'une extraordinaire créativité, des plantes génétiquement modifiées à des fins militaires au NAPALM (Neurological Active Program for the Alteration of Longterm Memories), vous croulerez littéralement sous ce déluge d'inventions. À tel point que vous aurez l'impression d'avoir lu 2 romans au bout de seulement 42 pages.

Deux organisations mafieuses s'affrontent pour le contrôle de Ghost, un système d'intrusion furtif, Adrian Clayborne s'en mêle puisque cette arme porte atteinte à la sécurité de Castell One et de son président. L'extraordinaire puissance financière d'Haviland Corporation sera bien utile pour acheter la collaboration des personnes clefs qui l'aideront dans cette tâche au péril de leur vie.

Forteresse est un roman sanglant dans la plus pure tradition des polars, un mort par chapitre en moyenne. Pour corser le tout, Georges Panchard brouille les cartes, il redistribue les chapitres selon un ordre subtil dont le sens ne vous apparaitra qu'à la deuxième lecture.

Vous allez être littéralement plongé dans l'atmosphère d'un cercle très fermé de l'un des hommes les plus puissants de la planète. Ce sera loin d'être de tout repos, si vous pensiez que la fortune permet de se prélasser au bord de votre piscine, détrompez-vous.

Cette Forteresse m'a tenu en haleine du début à la fin, il n'y plus qu'à attendre une adaptation cinématographique qui sera surement un film à grand spectacle pourvu que le budget ne connaisse pas de limite.

Liens

interview sur ActuSF
noosfere

octobre 18, 2009

Frère assassin


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Fred Saberhagen
1991 L'Atalante
1969 Brother assassin

alt Frère assassinalt Frère assassin  "...Il observa plus attentivement le moine et vit que le visage caché par le capuchon n'était pas tout à fait un visage. Et que les mains qui se tendaient pour le saisir n'étaient pas faites de chair véritable. À présent qu'elles étaient ouvertes, on pouvait voir leurs griffes d'acier."

Héritage d'une guerre oubliée, les machines de mort hantent la galaxie. Leur unique programmation : la destruction de toute vie...

Sur la planète Sirgol assiégée par la flotte ennemie, une planète singulière en ce sens qu'il est possible d'y voyager dans le temps, les berserkers font irruption dans le passé pour y détruire les racines de la vie comme de la civilisation. À leur terrorisme brutal ou sournois s'oppose le corps d'élite des Opérations du Temps.

Des Premiers Ages aux fragiles progrès d'une Renaissance humaniste en butte à l'Inquisition, Derron et ses pareils interviennent pour sauvegarder leur Histoire et protéger par là même leur monde contemporain.

40 millions d'âmes survivent sur Sirgol, les sentinelles des Opérations du Temps ont la lourde responsabilité de la défense de la planète. Elle a basculé dans un autre temps pour fuir ses ennemis Berserkers. Mille hommes montent la garde. Mais le conflit s'affranchit de la barrière temporelle, les Berserkers tentent de détruire la vie à ses racines, au coeur du néolithique pour l'éradiquer définitivement.

La planète est dévastée, la base souterraine des ODT ne constitue plus un refuge imprenable pour ces âmes survivantes. Il va leur falloir surveiller l'histoire de la planète depuis sa génèse pour s'assurer de sa pérennité. La puissance Berserker n'est pourtant pas aussi dévastatrice que dans les Machines de Mort. Ils utilisent une stratégie de destruction ciblée. Interrompre la ligne de vie d'un roi en remontant le temps pourrait en effet anéantir la vie tout aussi bien qu'en détruisant une planète tout entière.

Leur psychologie, autant qu'on puisse utiliser ce terme pour des machines, a complètement changé ainsi que leurs moyens logistiques. Plus question d'armada de vaisseaux ou de centaines de milliers d'êtres mécaniques, nous aurons ici affaire à des arc aux flèches explosivent pour tenter de détruire une machine combative, mais vulnérable.

Ces trois nouvelles réunies ici en un simili roman avec comme pierre angulaire le personnage de Derron Odegard, officier de surveillance au sein des Opérations du temps (ODT) se déroulent à trois époques de l'histoire de Sirgol qui va se retrouver sous le feu plus ou moins subtil des Berserkers. Le titre ne parvient pas à unir ces récits, l'assemblage ne me parait pas vraiment cohérent. L'ensemble n'est pas vraiment homogène sur le plan technologique non plus. Le temps est parfaitement maitrisé alors que le combat est à base d'épées au fil atomique ou de baton boussole.

Ce cap & d'épée futuriste ne m'a pas réellement convaincu, il a souffert du passage des années et n'est pas à la hauteur des Machines de Mort où humour et gigantisme m'avaient mis en appetit de lecture. Je serais curieux de lire la critique de Charlie Brown, cofondateur de Locus, paru en 69.

À lire


Les machines de mort
2001 L'Atalante
1967 Berserker

La patrouille du temps
1982 J'ai Lu
1960 Guardians of Time

Liens

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octobre 13, 2009

Bifrost n°35

S'intéresser au futur n'exclut pas de regarder parfois un peu en arrière, c'est ce que j'ai fait grâce à la librairie Parallèle où j'ai déniché cet ancien numéro de Bifrost qui comprend un dossier Aventures Spatiales.

Lire un édito plus de cinq ans après sa parution réserve parfois des surprises, vous ne vous retrouverez par exemple pas à la bonne saison, celui-ci se termine par la phrase :

Dans l'espace, personne ne sentira l'odeur de votre crème solaire

D'autant moins mi-octobre alors que la température baisse sacrément.

Le Chasseur sous l'horizon de Thomas Day.
Vous assisterez à un accouchement au fin fond de la plus vieille forêt sur une planète de merde suite à un crash. Dylan est un pionnier, il regrettera bien vite d'avoir amené sa femme dans cette mission de reconnaissance dont il ne pouvait se douter de l'issue.

Annulé (Undone) de James Patrick KELLY.
Mada fuit dans le futur à deux dixièmes de rotation galactique, pas moins de 20 millions d'années se sont écoulé sur son monde natal Trueborn qui ne ressemble plus du tout à l'image pourtant toute fraiche qu'elle en a gardé. Cette nouvelle poétique et originale fourmille d'idée et ne manque pas d'humour, mais j'ai tout de même eu l'impression de lire dans une autre langue.

Le Pouls brutal de la machine (The Very Pulse of the Machine) de Michael SWANWICK.
Martha Kivelsen transbahute Juliet Burton sur le satellite Io, il ne lui reste plus que 40h d'oxygène et plusieurs dizaines de kilomètres à parcourir. Va-t-elle parvenir à sauver la dépouille de son amie et sa peau par la même occasion ou trouvera-t-elle une autre issue ? Cette nouvelle a obtenu le prix Hugo en 1999.

Ces trois nouvelles certes sympathiques ne m'ont pas procuré autant de plaisir que la lecture de l'article de Robert Silverberg, L'Éducation d'un auteur de science-fiction (The Making of a Science Fiction Writer) que j'ai littéralement dévoré. Il s'agit d'une mini autobiographie du début de carrière de Bob. Il nous révèle le long processus qui lui a permis de devenir l'auteur de renom qu'il est devenu aujourd'hui ainsi que les difficultés inhérentes à son statut, qualité et/ou quantité, comment trouver le juste équilibre et vivre de son métier. Moi qui exerce aussi dans un domaine qui me passionne je comprends d'autant mieux ce dilemme.

L'interview de Jean-Jacques Girardot est très utile puisque cet auteur s'est fait plutôt discret ces vingt dernières années du fait de sa timidité et sans doute aussi à cause de sa carrière de chercheur en informatique qui a pris le dessus sur ses écrits. Il conclut son interview par la phrase :

Lisez Français !

C'est fou ce que ce petit bout de revue est dense. Vous aurez le droit à un dossier complet sur le space opera qui passe en revue les oeuvres clefs, son introduction est juste un peu trop courte à mon goût. Roland Lehoucq vous proposera ensuite de vous familiariser avec le processus de terraformation, on ne sait jamais d'ici que la terre ne soit plus habitable vous pourriez en avoir besoin.

Je retiens de la partie critique principalement La Muraille sainte d'Omale de Laurent Genefort que j'avais jusqu'ici hésité à lire.


La Muraille Sainte d'Omale

Bref, si vous trouvez ce numéro de Bifrost ne le laissez pas passer !